C'est la nuit du 23. Le panorama est le même que dans n'importe
quel coin de cet immense territoire vert sillonné par des
fleuves abondants qu'est la jungle. Les gens se préparent
pour la fête. Il souffle un vent frais, c'est le petit hiver
de Saint Jean, comme le disent les habitants.
Les festivités commencent dans les cuisines. Dans toutes
les maisons on prépare le juane, une sorte de tamal (paté)
de riz avec des épices de la région qui s'enveloppe
dans des feuilles de bijao, une plante spéciale de la forêt.
Il existe différentes variétés de juanes. Le
juane de yuca (tubercule ressemblant à la pomme de terre),
de chonta (palmier à bois très dur), de poule, de
cochon, le chunchulli-juane, le demento-juane et le avispa-juane
(vipère juane), ce dernier du fait qu'il soit effeuillé
ressemble à un nid de vipères.
Sur le coup de minuit on allume des feux de bois nommés shuntos,
dans les rues principales. Les feux et la splendeur maquillent l'obscurité.
Ses grandes langues de feu, selon les croyances de la zone, servent
pour que l'amour et la joie perdurent dans le mariage et la famille.
La veille de la Saint Jean est propice aux prédictions sur
le futur. C'est pour cela que les adultes osent prévoir les
évènements à venir, en cassant un uf
frais dans le fond d'un verre d'eau. Voyages, mariages, naissances,
maladies et malheurs, peuvent se prédirent, en interprétant
les formes que prennent les jaunes et le blanc à l'intérieur
du récipient.
Il y a d'autres croyances qui remplissent de magie et de mysticisme
la nuit du 23. On dit qu'observer la floraison des figuiers donne
de la chance ; et qu'il est recommandable de faire des tours de
garde dans les endroits ou il pourrait y avoir de l'argent enterré,
pour entrevoir l'éclat bleu et brillant qui s'illuminera
à minuit pour signaler le lieu exact du trésor pour
pouvoir ensuite l'extraire.
Le matin du 24, les enfants de l'Amazonie se dirigent vers les fleuves,
les puits et les cascades proches pour se donner un bain purificateur
Les eaux sont bénites car Saint Jean a baptisé le
Christ dans le lit du fleuve Jordán.
Des heures plus tard, la fête atteint son apogée. La
joie déborde de toutes parts. Eclats de rire, musique et
danse. Groupes d'homme et de femmes se tenant par le bras qui dansent
autour des unshas ou húmishas -palmiers dont les feuilles
tressées forment une sorte de couronne, décorée
avec des bandeaux et des foulards, des fruits, des chocolats, et
des cadeaux, avec une petite hache entourée de rubans de
couleurs.
Chaque couple donne un coup dans le tronc du palmier. Celui qui
la fait tomber doit en donner une identique pour la prochaine fête.
Joie et fureur espiègle prouvées dans une strophe
d'une chanson qui s'impose dans le tourbillon des sons : les femmes
sont comme la perdrix, soulèvent le poulailler et se nettoient
le nez.
La fête paraît ne pas avoir de fin et dans certains
endroits elle dure jusqu'au 25 juin. On l'appelle le petit saint
jean. Mais en laissant de coté les dénominations,
l'important est de continuer les festivités en honneur au
saint patron, auquel on chante
San Juancito del gran valle/no
permitas que nos falle/ alegría desbordante/ chicha fuerte
y abundante. (petit saint jean de la grande vallée, ne
nous laisse pas tomber, débordante joie, chicha forte et
abondante)
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